| Focus 2/3 | L'art-thérapie : des pratiques artistiques au cœur de la santé planétaire

Preuves scientifiques sur les interventions artistiques : une synthèse

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1. Art-thérapie visuelle active

  • Publication analysée : Joschko et al. (2024) [1]

Type et qualité de l’étude. Revue systématique avec méta-analyse de 69 essais randomisés, dont 50 inclus dans les analyses quantitatives, 2 766 participants et 217 critères d’évaluation. La méthode est rigoureuse, mais la qualité des études primaires est faible à modérée en raison de risques de biais fréquents.

Résultats. L’art-thérapie produit un effet global faible à modéré : différence moyenne standardisée de 0,38 pour l’évolution depuis le début de l’intervention et de 0,19 après l’intervention. Toutefois, parmi les 217 critères analysés, 18 % favorisent l’art-thérapie, 1 % le groupe témoin et 81 % ne montrent pas de différence.

Limites. Les études diffèrent fortement par leurs populations, leurs indications, les pratiques artistiques proposées, leur durée et leurs groupes témoins. Les effectifs sont souvent faibles, le suivi est court et un biais de publication est possible. Les analyses sont exploratoires, portent surtout sur les effets immédiats et ne permettent pas d’établir leur persistance.

Conclusion. L’art-thérapie visuelle présente un potentiel favorable, notamment pour certains résultats de santé mentale, mais les données restent exploratoires. Elles ne permettent pas encore d’établir solidement son efficacité clinique ni de préciser ses indications.

2. Arts, dépression et anxiété chez les personnes âgées

  • Publication analysée : Quinn et al. (2025) [2]

Type et qualité de l’étude. Revue systématique et méta-analyse portant sur les interventions artistiques collectives chez des adultes de plus de 55 ans sans démence. Elle rassemble 50 études contrôlées, dont 42 randomisées. La méthodologie est globalement solide, avec évaluation du risque de biais et analyses de sensibilité.

Résultats. Les interventions artistiques collectives — musique, danse, arts visuels, écriture ou théâtre — réduisent la dépression avec un effet modéré à important (d = 0,70) et l’anxiété (d = 0,76). Après correction du biais de publication (sous-représentation probable des études aux résultats négatifs), l’effet sur la dépression est plus modeste (d = 0,42). Les effets paraissent plus importants en institution qu’en population communautaire.

Limites. L’hétérogénéité est élevée et les études utilisent souvent des mesures auto-déclarées sans aveuglement. Les participants présentent généralement des symptômes légers, et les données concernant l’anxiété et les effets à long terme sont limitées.

Conclusion. Les résultats sont encourageants, particulièrement pour la dépression. Cette méta-analyse fournit des résultats plus favorables et plus ciblés que celle de Joschko et al. [1] : les interventions artistiques collectives sont associées à une réduction des symptômes dépressifs et anxieux chez les personnes âgées. Ces interventions constituent néanmoins un complément possible plutôt qu’un traitement autonome des troubles anxieux ou dépressifs.

3. Arts sur prescription

  • Publication analysée : Jensen et al. (2024) [3]

Type et qualité de l’étude. Revue systématique mixte de 25 publications, avec méta-analyse de sept études utilisant la même échelle de bien-être. Les études quantitatives sont principalement observationnelles, sans groupe témoin (études avant/après sans contrôles).

Résultats. La participation à un programme d’arts sur prescription est associée à une amélioration moyenne de 5,82 points sur l’échelle WEMWBSWEMWBS, initiales de Warwick-Edinburgh Mental Well-Being Scale, en français : « échelle de bien-être mental de Warwick-Édimbourg » (Tennant et al., 2007). L’Echelle WEMWBS est une échelle de bien-être mental qui peut être utilisée à partir de 13 ans ( et aussi pour les adultes). L’échelle se compose de 14 éléments à évaluer sur 5 niveaux (1 : jamais, 2 : rarement, 3 : parfois, 4 : souvent, 5 : tout le temps)., supérieure au seuil habituellement considéré comme cliniquement pertinent. Les études qualitatives rapportent également des bénéfices psychologiques et sociaux.

Limites. L’absence de groupes témoins empêche d’attribuer avec certitude les améliorations à l’intervention artistique. Les résultats peuvent aussi dépendre du soutien collectif, des animateurs ou de la participation sociale. Les échantillons sont peu diversifiés et les suivis sont courts.

Conclusion. Les arts sur prescription paraissent acceptables et potentiellement bénéfiques pour le bien-être. Les résultats soutiennent donc l’intérêt potentiel des programmes « Arts on Prescription », mais ne constituent pas une démonstration robuste de leur efficacité, notamment sur la dépression ou l’anxiété.

4. Musique, danse et santé

  • Publication analysée : McCrary et al. (2021) [4]

Type et qualité de l’étude. Revue parapluie regroupant 33 revues systématiques, 9 études épidémiologiques et des études sur les réponses physiologiques. Elle porte sur la participation active à la musique et à la danse.

Résultats. Des effets favorables sont rapportés dans 17 des 18 domaines de santé étudiés. Des bénéfices sont observés chez les enfants, les adolescents, les adultes et les personnes âgées. Les formes associées au plus grand nombre de domaines favorables sont la danse aérobique, la danse de salon, la danse sociale, la Zumba et la pratique des percussions. Les bénéfices durables sont principalement associés à une participation d’au moins une séance hebdomadaire, représentant environ 60 minutes par semaine pendant au moins quatre semaines. Les données les plus convaincantes concernent notamment la cognition, la santé mentale, la condition physique, le fonctionnement physique, le bien-être et les relations sociales.

Limites. Seulement environ un quart des résultats reposent sur des preuves de qualité modérée ou élevée. Il existe une possibilité de confusion entre les effets artistiques, physiques et sociaux : la danse, notamment la Zumba et la danse aérobique, constitue également une activité physique parfois modérée ou intense. Il est donc difficile de déterminer quelle part du bénéfice provient de l’expression artistique, de l’exercice, de l’apprentissage moteur ou de l’interaction sociale. Les études sont très hétérogènes et ne permettent pas d’isoler les effets artistiques des effets physiques ou sociaux. La dose optimale d’activité n’est pas établie.

Conclusion. La musique et la danse peuvent constituer des ressources intéressantes de promotion de la santé, mais les données ne suffisent pas à démontrer une efficacité thérapeutique spécifique.

5. Réduction de la stigmatisation chez les jeunes

  • Publication analysée : Gaiha et al. (2021) [5]

Type et qualité de l’étude. Revue systématique avec méta-analyse de 57 études portant sur 41 621 participants. Seules huit études quantitatives sont randomisées et aucune n’est considérée comme globalement de haute qualité.

Résultats. La majorité des études rapportent une amélioration d’au moins un indicateur de connaissance ou d’attitude envers les troubles mentaux. Le résultat réellement soutenu est donc limité : les programmes associant plusieurs formes artistiques pourraient améliorer légèrement les comportements déclarés ou envisagés envers les personnes présentant des troubles psychiques. En revanche, l’effet global sur les comportements n’est pas statistiquement significatif. Par contre, les interventions associant plusieurs formes artistiques montrent un effet faible mais favorable.

Limites. Les méthodes, les interventions et les mesures sont très variables. Les études évaluent souvent les intentions plutôt que les comportements réels et sont exposées au biais de désirabilité sociale. Les effets à long terme sont peu étudiés.

Conclusion. Les interventions artistiques peuvent améliorer les connaissances et certaines attitudes, mais leur capacité à modifier durablement les comportements de stigmatisation reste incertaine.

6. Cadre d’intégration des arts en santé publique

  • Publication analysée : Golden et al. (2025) [6]

Type et qualité de l’étude. Il s’agit d’un travail conceptuel fondé sur une enquête nationale, des groupes de discussion, des dialogues d’experts et une sélection de travaux scientifiques. Ce n’est pas une étude d’efficacité.

Figure 1. Chaîne conceptuelle reliant les pratiques artistiques et culturelles à leurs effets potentiels sur la santé publique [Source schéma de l’auteur].
Contenu du cadre. Les auteurs distinguent six fonctions des arts en santé publique : produire des bénéfices directs, améliorer l’accès aux soins, créer des environnements inclusifs, favoriser le changement social, enrichir la recherche et soutenir la communication en santé. Sept mécanismes possibles sont proposés, notamment l’engagement émotionnel, l’expression, la construction de sens et le sentiment d’efficacité personnelle (Figure 1).

Limites. Les participants sont principalement américains et déjà favorables aux arts. La recherche bibliographique n’est pas systématique, la qualité des preuves n’est pas formellement évaluée et le cadre n’a pas encore été validé empiriquement.

Conclusion. Ce cadre fournit un outil pertinent pour concevoir et analyser des actions associant arts et santé publique, mais il ne constitue pas une démonstration de leur efficacité.

7. Messages à retenir

  • Ces six publications convergent vers un potentiel favorable des interventions artistiques pour le bien-être, la dépression, l’anxiété, la participation sociale et certaines attitudes relatives à la santé mentale.
  • La confiance dans les résultats varie fortement. Les données sont relativement encourageantes pour les interventions collectives destinées aux personnes âgées, mais restent plus fragiles pour les arts sur prescription, la réduction de la stigmatisation et l’identification d’effets propres à l’activité artistique.
  • La majorité des études montrent des effets modestes à modérés et restent limitées par l’hétérogénéité et la qualité méthodologique.
  • Les arts apparaissent surtout comme des outils complémentaires de promotion de la santé et d’accompagnement, plutôt que comme des traitements dont l’efficacité serait définitivement établie.
  • Les interventions artistiques collectives obtiennent les résultats les plus consistants (surtout chez les personnes âgées).
  • Les arts constituent surtout des approches complémentaires puissantes en promotion de la santé et en accompagnement, plutôt que des traitements de première ligne.

    Notes & références

    Vignette. Extrait de l’œuvre de Neffati « Cerveau multicolore » [Source Cerveau multicolore, par Neffati, Art for Science, Photo Emmanuel Drouet]

[1] Joschko, R., Klatte, C., Grabowska, W. A., et al. (2024). Active visual art therapy and health outcomes: A systematic review and meta-analysis. JAMA Network Open, 7(9), e2428709.

[2] Quinn, et al. (2025). Arts-based interventions for depression and anxiety in older adults: A meta-analysis of 50 controlled studies. Nature Mental Health, 3, 374–386.

[3] Jensen, A., Holt, N., Honda, S., & Bungay, H. (2024). The impact of arts on prescription on individual health and wellbeing: A systematic review with meta-analysis. Frontiers in Public Health, 12, 1412306.

[4] McCrary, J. M., Redding, E., & Altenmüller, E. (2021). Health benefits of performing arts: An umbrella review including 33 systematic reviews and 9 epidemiological studies. PLoS ONE, 16(6), e0252956.

[5] Gaiha, S. M., et al. (2021). Effectiveness of arts-based interventions in reducing mental health stigma among young people: A meta-analysis. BMC Psychiatry, 21, 364.

[6] Golden, T. L., et al. (2025). Integrating arts and culture into public health practice: A conceptual framework. Health Promotion Practice, 26(3), 454–462.