Bioplastiques : des polymères écologiques pour un avenir durable

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La production massive et l’utilisation généralisée des plastiques conventionnels constituent une menace durable tant pour les ressources limitées en combustibles fossiles que pour l’environnement. Pour relever ce défi écologique grandissant, des solutions durables émergent. L’une des pistes les plus prometteuses consiste à remplacer les plastiques d’origine fossile par des alternatives telles que les bioplastiques et d’autres matériaux respectueux de l’environnement. Les bioplastiques sont des matériaux plastiques entièrement ou partiellement d’origine biologique, biodégradables, ou les deux. La production de ces plastiques de substitution est conçue pour répondre aux attentes des consommateurs tout en respectant les exigences de durabilité. Elle permet de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et allège considérablement la pression environnementale due à la surconsommation et à la mauvaise gestion des déchets plastiques. Dans les prochaines décennies, les innovations matérielles devraient jouer un rôle central dans la gestion des déchets et attirer des investissements majeurs de la part de l’industrie.

 

1. Le problème du plastique que nous ne pouvons ignorer

Chaque matin, avant de quitter la maison, la plupart des gens entrent en contact des dizaines de fois avec du plastique sans même s’en rendre compte. La brosse à dents près du lavabo, l’emballage du petit-déjeuner, le téléphone à la main, les fibres synthétiques de nos vêtements… Le plastique s’est discrètement immiscé dans le tissu de la vie moderne. Son succès réside dans sa polyvalence : léger, durable, peu coûteux et infiniment adaptable.

Mais cette commodité a eu un coût qui ne se révèle pleinement qu’aujourd’hui. Les plastiques sont en grande majorité issus de combustibles fossiles, et leur durabilité — autrefois présentée comme un atout — est devenue un fardeau environnemental à long terme (Figure 1) [1]. Un sac plastique utilisé dix minutes peut persister dans la nature pendant des centaines d’années. Sous l’effet du soleil, de la chaleur et des forces mécaniques, les objets en plastique se fragmentent progressivement en microplastiques — de minuscules particules qui circulent désormais dans les rivières, les océans, les sols, et jusque dans l’air que nous respirons (voir La pollution plastique en mer : le septième continent).

Ces microplastiques ne se cantonnent plus aux océans lointains. On les retrouve dans les fruits de mer (voir L’huître, sentinelle d’un littoral à préserver), l’eau potable et les sols agricoles, soulevant des inquiétudes croissantes quant à leurs effets à long terme sur les écosystèmes et la santé humaine. Pendant ce temps, la production mondiale de plastique continue de progresser, dépassant les quatre cents millions de tonnes par an, dont à peine 9 % sont effectivement recyclées [2].

Face à cette crise, scientifiques et industriels reviennent à une question fondamentale : peut-on concevoir des matériaux qui offrent les avantages du plastique sans en laisser l’empreinte durable ? Une réponse prometteuse émerge avec les bioplastiques [3].

Figure 1. Sources, voies de transport et cycle environnemental des microplastiques (MP). Polyéthylène (PE), polypropylène (PP), polystyrène (PS), polychlorure de vinyle (PVC), polyéthylène téréphtalate (PET), polyamide (PA), poly(ε-caprolactone) (PCL). [Source : figure inspirée en partie de la réf. [1], créée par EEnv à partir d’éléments sous licence Creative Commons et d’une image générée par IA (Grok)].

2. Les bioplastiques, une nouvelle génération de matériaux

Figure 2. Système de classification des plastiques en fonction de leurs matières premières et de leur biodégradabilité. [Source European Bioplastics (ref [4]), DR]
À première vue, le terme « bioplastiques » paraît simple : ce sont des plastiques issus de sources biologiques. En réalité, il désigne une famille de matériaux bien plus complexe. Les bioplastiques ne se définissent pas par une seule propriété, mais par un concept plus large : ce sont des plastiques soit dérivés de ressources biologiques renouvelables, soit conçus pour être biodégradables, soit les deux à la fois (Figure 2) [4].

Cette distinction est essentielle. Certains bioplastiques sont fabriqués à partir de plantes — maïs, canne à sucre, manioc — substituant ainsi aux matières premières fossiles des ressources renouvelables : on parle alors de plastiques d’origine biologique. D’autres sont conçus pour se décomposer sous l’action de micro-organismes en substances naturelles telles que le dioxyde de carbone, l’eau et la biomasse — mais uniquement dans des conditions environnementales précises. Un troisième groupe combine ces deux caractéristiques, alliant origine renouvelable et biodégradabilité.

Ces catégories se recoupent toutefois d’une manière qui peut prêter à confusion. Un plastique d’origine biologique peut se comporter exactement comme un plastique conventionnel et persister dans l’environnement s’il n’a pas été conçu pour se dégrader. À l’inverse, certains plastiques biodégradables sont encore dérivés de combustibles fossiles, mais formulés pour se décomposer dans des conditions appropriées.

Comprendre cette nuance est fondamental : les bioplastiques ne constituent pas une solution « verte » universelle, mais un éventail de matériaux aux compromis et aux avantages bien distincts.

3. Pourquoi avons-nous besoin de bioplastiques ? La recherche d’alternatives durables

La dépendance mondiale aux plastiques conventionnels est intimement liée à l’extraction des combustibles fossiles. Chaque produit plastique porte une empreinte carbone invisible, de l’extraction des matières premières à leur élimination en fin de vie. À mesure que la demande croît, la pression sur les ressources non renouvelables et les systèmes de gestion des déchets s’intensifie.

Dans les régions en pleine urbanisation, ce défi est particulièrement visible : les infrastructures de gestion des déchets peinent à suivre le rythme, et les plastiques mal gérés finissent dans les rivières et les océans. Parallèlement, la prise de conscience du grand public face à la pollution plastique s’est considérablement renforcée, exerçant une pression croissante en faveur de solutions plus durables.

C’est dans ce contexte que les bioplastiques s’inscrivent, comme l’un des leviers de la transition vers une économie circulaire — une économie qui vise à réduire les déchets, réutiliser les matériaux et maximiser la valorisation des ressources. Leur potentiel ne réside pas seulement dans le remplacement des ressources fossiles, mais aussi dans la refonte du cycle de vie des matériaux.

Des études suggèrent ainsi que substituer une part significative des plastiques conventionnels par des alternatives d’origine biologique pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de plusieurs centaines de millions de tonnes d’équivalent CO₂ par an — soulignant leur rôle possible non seulement dans la réduction des déchets, mais aussi dans l’atténuation du changement climatique.

Pour autant, les bioplastiques ne sont pas destinés à remplacer l’ensemble des plastiques conventionnels. Ils sont davantage envisagés comme une pièce d’un puzzle plus vaste, en complément du recyclage, de la réduction des déchets et d’une conception plus intelligente des produits.

4. Comment les plastiques d’origine biologique sont-ils fabriqués à partir de la biomasse ?

Pour comprendre les bioplastiques, il est utile d’adopter le regard du spécialiste des matériaux. Le plastique ne se définit pas par son origine, mais par la structure de ses molécules. Qu’ils soient issus du pétrole ou des plantes, tous les plastiques sont des polymères : de longues chaînes d’unités moléculaires répétitives dont la structure détermine résistance, souplesse, transparence et durabilité.

Les bioplastiques obéissent au même principe, mais leur parcours commence ailleurs : non pas dans les raffineries de pétrole, mais dans des organismes vivants.

Tout part de la biomasse — plantes, algues ou déchets organiques — qui capte le dioxyde de carbone atmosphérique par la photosynthèse. Ce carbone est stocké sous forme de polymères naturels tels que l’amidon, la cellulose et la lignine, ou de sucres simples.

Figure 3. Classification des polymères d’origine biologique en fonction de leurs voies de production. [Source : adaptée à partir des réfs. [5] & [6]].
Ces substances sont riches en groupes fonctionnels (hydroxyle –OH, carboxyle –COOH), ce qui les rend chimiquement réactives et propices à leur transformation en précurseurs de polymères. Contrairement aux hydrocarbures fossiles, relativement inertes, la biomasse offre une plateforme chimiquement polyvalente pour concevoir de nouveaux matériaux.

Le défi réside alors non pas dans la disponibilité de ces ressources, mais dans leur conversion : comment transformer ces molécules naturelles en matériaux à structure contrôlée et aux performances prévisibles. Trois grandes voies de production permettent d’y répondre (Figure 3) [5],[6], représentant chacune un niveau d’intervention différent sur la structure moléculaire.

4.1 Utilisation directe et modification des polymères naturels

L’approche la plus simple consiste à partir de polymères déjà présents dans la nature (Figure 4). L’amidon et la cellulose en sont les exemples les plus courants.

Figure 4. Biopolymères naturels utilisés pour la production de bioplastiques. [Source : adapté de la réf. [3]].
Ces polymères naturels ne sont cependant pas immédiatement utilisables dans la plupart des applications. L’amidon, par exemple, possède une structure semi-cristalline composée d’amylose et d’amylopectine, qui le rend cassant et sensible à l’humidité. Pour le transformer en un plastique exploitable, il doit subir des modifications physiques et chimiques — notamment par l’ajout de plastifiants comme le glycérol. Ces petites molécules s’intercalent entre les chaînes polymères, réduisant les forces intermoléculaires et améliorant la flexibilité du matériau.

On obtient ainsi l’amidon thermoplastique (TPS), un matériau pouvant être mis en forme par des techniques plastiques classiques telles que l’extrusion ou le moulage par injection.

La cellulose — l’un des polymères naturels les plus abondants sur Terre — présente quant à elle de nombreuses liaisons hydrogène et une structure hautement cristalline, lui conférant une excellente résistance mécanique, mais la rendant difficile à transformer. Sa modification chimique en dérivés tels que l’acétate de cellulose permet de la remodeler en films, fibres et produits moulés.

Du point de vue de la science des matériaux, cette voie consiste essentiellement à moduler les interactions intermoléculaires et la cristallinité pour ajuster les propriétés mécaniques.

4.2  Conversion en monomères et polymérisation

Une approche plus polyvalente et aujourd’hui largement répandue consiste à décomposer la biomasse en molécules plus petites (monomères), puis à les réassembler pour former de nouveaux polymères aux propriétés sur mesure.

Figure 5. Représentation schématique du processus de fabrication de l’acide polylactique (PLA). [Source : adapté de la réf. [3]].
L’exemple le plus emblématique est l’acide polylactique (PLA), l’un des bioplastiques ayant connu le plus grand succès commercial (Figure 5). Le procédé débute par l’extraction de sucres à partir de matières premières renouvelables — maïs, canne à sucre ou manioc. Ces sucres sont fermentés par des micro-organismes pour produire de l’acide lactique, une petite molécule portant à la fois des groupes hydroxyle (–OH) et carboxyle (–COOH). L’acide lactique est ensuite converti en lactide par déshydratation, puis polymérisé — le plus souvent par polymérisation par ouverture de cycle — pour donner du PLA de haut poids moléculaire.

Le matériau obtenu présente des propriétés proches de celles de plastiques conventionnels comme le PET : transparence, rigidité et aspect brillant, ce qui le rend adapté à de nombreuses applications d’emballage. Bien que sa résistance à la chaleur soit limitée par une température de transition vitreuse relativement basse (environ 60 °C), ses performances peuvent être améliorées par modification chimique, mélange ou renforcement par des fibres. Le PLA est aujourd’hui largement utilisé dans les emballages alimentaires jetables, les bouteilles, les gobelets, les films agricoles, les sacs, les produits d’hygiène et les filaments d’impression 3D. Reconnu comme l’un des thermoplastiques les plus facilement biodégradables, il s’impose comme une alternative durable aux plastiques d’origine fossile.

Cette voie illustre l’un des atouts majeurs des bioplastiques : la flexibilité de la conception moléculaire. En jouant sur la composition des monomères, la stéréochimie et le poids moléculaire, les scientifiques peuvent concevoir des polymères adaptés à des applications très spécifiques.

Un autre exemple notable est le bio-polyéthylène (bio-PE), produit en transformant le bioéthanol — issu de la fermentation du sucre — en éthylène, qui est ensuite polymérisé. Fait remarquable, le bio-PE est chimiquement identique au PE d’origine fossile, ce qui démontre que la durabilité peut être atteinte sans modifier les propriétés intrinsèques du matériau.

4.3  Production microbienne de polymères

L’approche la plus intégrée sur le plan biologique consiste à utiliser des micro-organismes comme de véritables « usines vivantes ». Certaines bactéries synthétisent naturellement des polymères tels que les polyhydroxyalcanoates (PHA) pour stocker de l’énergie.

En situation de carence en nutriments et d’excès de carbone, ces micro-organismes accumulent des PHA à l’intérieur de leurs cellules. Les polymères sont ensuite extraits et transformés en matières plastiques.

Les PHA présentent un intérêt particulier du point de vue des matériaux : ils allient biodégradabilité, biocompatibilité et propriétés mécaniques modulables. Selon la composition de leurs monomères, ils peuvent se comporter comme des plastiques rigides ou des élastomères souples.

Cette approche ouvre également la voie à des systèmes circulaires. Des chercheurs explorent l’utilisation de déchets alimentaires, de résidus agricoles et même d’eaux usées comme sources de carbone pour la fermentation microbienne, transformant ainsi des flux de déchets en matériaux à valeur ajoutée [7],[8],[9].

5. Avantages environnementaux et limites

Les bioplastiques offrent une perspective séduisante : des matériaux qui s’inscrivent davantage dans les cycles naturels. En mobilisant des ressources renouvelables, ils permettent de réduire la dépendance aux combustibles fossiles. Dans certains cas, leur production génère moins d’émissions de gaz à effet de serre, notamment lorsque la biomasse absorbe du dioxyde de carbone pendant sa croissance.

Leurs options de fin de vie peuvent également s’avérer plus flexibles : certains bioplastiques sont conçus pour le compostage, où ils se décomposent en composants naturels dans des conditions contrôlées ; d’autres peuvent s’intégrer aux filières de recyclage existantes, notamment les bioplastiques « de substitution directe » qui partagent la même structure chimique que leurs équivalents conventionnels.

Ces perspectives s’accompagnent toutefois de réserves importantes. La biodégradabilité n’est pas une propriété universelle et ne se manifeste pas dans n’importe quelles conditions. Beaucoup de plastiques biodégradables nécessitent un environnement de compostage industriel — température, humidité et activité microbienne spécifiques — pour se décomposer efficacement. Dans des milieux naturels comme les océans ou les sols, la dégradation peut être bien plus lente.

Figure 6. Options de gestion des déchets bioplastiques dans le cadre de la hiérarchie de gestion des déchets [Source : figure générée par IA par l’auteur à l’aide de ChatGPT, adaptée de la réf. [10]]
Des préoccupations plus larges sur la durabilité subsistent également. Certaines matières premières reposent sur une agriculture intensive, soulevant des questions relatives à l’utilisation des terres, à la consommation d’eau et à la concurrence potentielle avec la production alimentaire. Les coûts de production restent supérieurs à ceux des plastiques conventionnels, et les systèmes de gestion des déchets ne sont pas encore pleinement adaptés à la diversité des flux de bioplastiques (Figure 6) [10].  Ainsi, bien que le PLA soit largement utilisé dans les emballages biodégradables, la plupart des installations de recyclage sont conçues pour les plastiques conventionnels comme le PET. Lorsque du PLA se mélange au flux de recyclage du PET, il peut contaminer les matériaux et en dégrader la qualité — illustrant les limites des infrastructures actuelles face à la diversification des matériau [11].

En résumé, les bioplastiques sont prometteurs, mais imparfaits. Leurs performances environnementales dépendent étroitement des conditions de leur production, de leur usage et de leur gestion en fin de vie.

6. Où utilise-t-on aujourd’hui les bioplastiques ?

Malgré ces défis, les bioplastiques s’intègrent déjà dans de nombreux produits du quotidien[12],[13],[14],[15] (Figure 7). L’emballage demeure le secteur dominant, représentant près de la moitié de la production mondiale. Des barquettes et films alimentaires aux couverts jetables, les bioplastiques se prêtent particulièrement bien aux applications à courte durée de vie où les volumes de déchets sont élevés.

Figure 7. Diverses applications des bioplastiques. [Source : adapté de la réf. [3]]
Dans l’agriculture, les films de paillage biodégradables contribuent à limiter l’accumulation de plastique dans les sols. En médecine, les bioplastiques entrent dans la composition de fils de suture résorbables et de systèmes d’administration de médicaments, où leur capacité à se dégrader sans danger dans l’organisme constitue un avantage décisif.

L’innovation repousse également les frontières de façon inattendue : des emballages comestibles à base d’algues peuvent remplacer certains emballages à usage unique ; des pailles en bioplastique fabriquées à partir de noyaux d’avocat transforment des déchets alimentaires en produits fonctionnels. Des projets expérimentaux — matériaux biodégradables imprimés en 3D ou équipements de protection à base de bioplastique développés pendant la pandémie de COVID-19 — témoignent également de la polyvalence de ces matériaux.

Ces exemples illustrent un point essentiel : les bioplastiques ne se cantonnent pas à des applications de niche. Portés par les impératifs environnementaux et les avancées technologiques, ils gagnent progressivement du terrain dans de multiples secteurs.

7. Les défis sur la voie d’un avenir bioplastique

La transition vers les bioplastiques ne se résume pas à un simple changement de matériau : elle exige une transformation systémique (Figure 8).

L’un des obstacles majeurs tient au fait que les bioplastiques ne peuvent pas encore se substituer universellement aux plastiques conventionnels. Dans de nombreuses applications, ils n’atteignent pas encore la même combinaison de résistance mécanique, de durabilité, de souplesse et de tenue à la chaleur que les plastiques classiques ont acquise au fil de décennies de perfectionnement. Leur pertinence dépend donc des exigences propres à chaque application.

Figure 8. Les défis sur la voie d’un avenir bioplastique. [Source : illustration générée par IA par l’auteur à l’aide de ChatGPT]
Les infrastructures de gestion des déchets constituent un autre frein important. De nombreuses régions ne disposent ni d’installations de compostage industriel, ni de systèmes permettant de trier les bioplastiques des plastiques conventionnels. Mélangés, ces matériaux peuvent perturber les procédés de recyclage.

La communication pose également des problèmes. Des mentions comme « biodégradable » ou « compostable » sont souvent mal comprises, voire utilisées abusivement, alimentant confusion et, dans certains cas, greenwashing. La biodégradation est un processus qui dépend de conditions précises : en leur absence, même les plastiques biodégradables peuvent persister durablement dans l’environnement.

Les facteurs économiques jouent enfin un rôle non négligeable. Les plastiques d’origine fossile bénéficient de décennies d’infrastructures établies, d’économies d’échelle et d’une rentabilité éprouvée. Les bioplastiques, encore en phase de montée en puissance, restent souvent plus coûteux à produire. Les cadres réglementaires et les normes évoluent, mais des lacunes persistent en matière de certification et de coordination internationale.

Relever ces défis exigera une collaboration étroite entre la recherche, l’industrie et les pouvoirs publics, ainsi qu’une participation éclairée des consommateurs.

8. Perspectives d’avenir : repenser notre rapport aux matériaux

L’histoire des bioplastiques s’écrit encore, et ses prochains chapitres se dessinent au rythme d’une innovation rapide. Les chercheurs développent de nouveaux polymères dotés d’une résistance mécanique et thermique améliorée, tandis que les avancées en biotechnologie permettent de mobiliser des micro-organismes et des enzymes pour produire des plastiques de manière plus efficace et durable.

La perspective la plus prometteuse est peut-être l’intégration des bioplastiques dans des systèmes circulaires. Plutôt que de suivre un modèle linéaire « extraire – fabriquer – jeter », les matériaux de demain pourraient être conçus d’emblée pour être réutilisés, recyclés ou se biodégrader sans danger. Les matières premières pourraient provenir de plus en plus de flux de déchets, voire de dioxyde de carbone capturé, réduisant encore davantage l’empreinte environnementale.

Les investissements industriels sont en hausse, témoignant d’une confiance croissante dans le potentiel à long terme des matériaux durables.

Les bioplastiques dessinent un avenir différent — un avenir où les matériaux sont conçus non seulement pour leurs performances, mais aussi pour leur place au sein des systèmes naturels. Ils pourraient contribuer à réduire la dépendance aux combustibles fossiles, à diminuer les émissions et à transformer notre rapport aux déchets plastiques.

Mais ils ne constituent pas une solution miracle. La crise de la pollution plastique est trop complexe pour qu’une seule réponse suffise. Un avenir véritablement durable supposera une combinaison de stratégies : réduire les usages inutiles du plastique, améliorer la gestion des déchets, repenser les produits dans une logique de circularité, et poursuivre l’innovation en science des matériaux.

En définitive, la transition vers les bioplastiques ne consiste pas simplement à substituer un matériau à un autre. Il s’agit de repenser notre rapport aux matériaux dont nous sommes devenus dépendants — et de reconnaître que le confort d’aujourd’hui ne peut se construire au détriment de demain.

9. Messages à retenir

  • Le succès des plastiques conventionnels fait aussi leur malheur : extrêmement polyvalents et durables, ils sont devenus omniprésents dans la vie quotidienne, mais leur origine fossile et leur persistance engendrent une pollution massive — notamment les microplastiques, désormais répandus partout, alors que seuls environ 9 % des plastiques sont effectivement recyclés.
  • La pollution par les microplastiques représente une menace croissante, des océans lointains à l’eau potable et aux sols agricoles, avec des inquiétudes grandissantes quant à ses effets à long terme sur les écosystèmes et la santé humaine.
  • Les bioplastiques apportent des réponses partielles : ce terme désigne une famille complexe et diversifiée de matériaux, soit issus d’organismes vivants (d’origine biologique), soit biodégradables, soit les deux.
  • Les bioplastiques s’attaquent à des problèmes fondamentaux : ils réduisent la dépendance aux combustibles fossiles, peuvent significativement diminuer les émissions de gaz à effet de serre, favorisent une économie circulaire et offrent des options de fin de vie plus flexibles (compostage, recyclage ou dégradation sans danger) par rapport aux plastiques traditionnels.
  • Les plastiques d’origine biologique peuvent être produits selon trois grandes voies : utilisation directe et modification de polymères naturels, conversion en monomères puis polymérisation, ou production microbienne.
  • Les bioplastiques s’intègrent déjà dans de nombreux produits du quotidien, et l’innovation progresse à un rythme soutenu.
  • La biodégradation requiert des conditions environnementales spécifiques, et les procédures de gestion des déchets doivent être adaptées en conséquence.
  • Les bioplastiques sont prometteurs mais imparfaits : renouvelabilité et empreinte carbone réduite figurent parmi leurs atouts, mais des limites demeurent — conditions industrielles souvent nécessaires à la biodégradation, concurrence possible avec la production alimentaire pour certaines matières premières, coûts de production plus élevés, et systèmes de gestion des déchets encore inadaptés (risque de contamination lors du recyclage).
  • Un avenir véritablement durable supposera une combinaison de stratégies : réduire les usages inutiles du plastique, améliorer la gestion des déchets et repenser les produits dans une logique de circularité.

    Notes & references

    Image de couverture. Quelques sources de bioplastiques. Illustration composée d’images représentant : du maïs (Photo © Jeremy Keith de Brighton & Hove, Royaume-Uni, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons), un tournesol (Photo © T. Voekler, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons), E. coli (Photo © Photo d’Eric Erbe, colorisation numérique par Christopher Pooley, USDA, ARS, EMU., domaine public, via Wikimedia Commons), granulés de bioplastiques (image générée par IA à l’aide de Grok).

[1] Zhao, YX., Song, KW., Li, WJ. et al., 2026, Migration, transformation, and ecological effects of microplastics in aquatic ecosystems. Ecol Process 15, 28. https://doi.org/10.1186/s13717-026-00681-w

[2] Houssini, K., Li, J., & Tan, Q., 2025. Les complexités de la chaîne d’approvisionnement mondiale des Houssini, K., Li, J., & Tan, Q., 2025. Complexities of the global plastics supply chain revealed in a trade-linked material flow analysis. Communications Earth & Environment, 6(1), 257.

[3] Xue, W., 2023. Bioplastics: potential substitution to fossil-based plastics. Marine Plastics Abatement, 371–431.

[4] European Bioplastics, 2020. What are bioplastics? [Web document]. URL https://www.european-bioplastics.org/bioplastics/ (consulté le 10/06/21).

[5] Brodin, M., Vallejos, M., Opedal, M.T., Area, M.C., Chinga-Carrasco, G., 2017. Lignocellulosics as sustainable resources for production of bioplastics – A review.  J. Clean. Prod. 162, 646–664. https://doi.org/https://doi.org/10.1016/j.jclepro.2017.05.209

[6] Storz, H., Vorlop, K.-D., 2013. Bio-based plastics: status, challenges and trends. Landbauforsch. Landbauforsch. Appl. Agric. For. Res. 4, 321–332. https://doi.org/10.3220/LBF_2013_321-332

[7] Mannina, G., Presti, D., Montiel-Jarillo, G., Carrera, J., Suárez-Ojeda, M.E., 2020. Recovery of polyhydroxyalkanoates (PHAs) from wastewater: A review. Bioresour. Technol. 297, 122478. https://doi.org/10.1016/J.BIORTECH.2019.122478

[8] Bhatia, S.K., Otari, S. V., Jeon, J.M., Gurav, R., Choi, Y.K., Bhatia, R.K., Pugazhendhi, A., Kumar, V., Rajesh Banu, J., Yoon, J.J., Choi, K.Y., Yang, Y.H., 2021. Biowaste-to-bioplastic (polyhydroxyalkanoates): Conversion technologies, strategies, challenges, and perspective. Bioresour. Technol. 326, 124733. https://doi.org/10.1016/J.BIORTECH.2021.124733

[9] Chong, J.W.R., Khoo, K.S., Yew, G.Y., Leong, W.H., Lim, J.W., Lam, M.K., Ho, Y.-C., Ng, H.S., Munawaroh, H.S.H., Show, P.L., 2021a. Advances in production of bioplastics by microalgae using food waste hydrolysate and wastewater: A review. Bioresour. Technol. 342, 125947. https://doi.org/10.1016/J.BIORTECH.2021.125947

[10] Saalah, S., Saallah, S., Rajin, M., & Yaser, A. Z., 2020. Management of biodegradable plastic waste: A review. Advances in Waste Processing Technology, 127-143.

[11] Niaounakis, M., 2019. Recyclage des biopolymères : le point de vue des brevets. European Polymer Journal, 114, 464-475.

[12] Barrett, A., 2018a. Vegan, Biodegradable and Compostable Glitter. Bioplastics News; Barrett, A., 2018b. Lactips is a Milk-Based Biodegradable and Water-Soluble Packaging. Bioplastics News; Barrett, A., 2018c. First House on Mars will be Made from Bioplastics.

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[15] Ye, C., Voet, V.S.D., Folkersma, R., Loos, K., 2021. Robust Superamphiphilic Membrane with a Closed-Loop Life Cycle. Adv. Mater. 33, 2008460. https://doi.org/https://doi.org/10.1002/adma.202008460 ; Ye, Y., 2021. Chinese PPE makers become greener, trying to limit pollution. Clobal Times

 


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Pour citer cet article : XUE Wenchao (30 juin 2026), Bioplastiques : des polymères écologiques pour un avenir durable, Encyclopédie de l’Environnement. Consulté le 30 juin 2026 [en ligne ISSN 2555-0950] url : https://www.encyclopedie-environnement.org/physique/bioplastiques-des-polymeres-ecologiques-pour-un-avenir-durable/.

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