| Focus 1/1 | Qu’est-ce que la biodiversité ?

Prendre la mesure de l’effondrement du vivant

PDF

Le terme « effondrement » ne signifie pas que toute vie disparaîtrait simultanément. Il désigne un ensemble de déclins rapides et de grande ampleur, observés à plusieurs niveaux : destruction et fragmentation des habitats, diminution des populations, risque accru d’extinction, érosion de la diversité génétique et perturbation des interactions écologiques. Aucun indicateur ne peut, à lui seul, rendre compte de toutes ces transformations.

1. Des habitats transformés, des populations en déclin

Selon l’évaluation mondiale de l’IPBES, environ 75 % des terres émergées ont été fortement modifiées par les activités humaines, tandis qu’une grande partie des milieux marins subit des effets cumulés croissants. Plus de 85 % des zones humides présentes vers 1700 avaient par ailleurs disparu en 2000. Dans les grands milieux terrestres, l’abondance moyenne des espèces originellement présentes aurait diminué d’au moins 20 %, principalement depuis le début du XXe siècle [1].

Figure 1. Effets directs et indirects d’un projet d’aménagement sur la connectivité fonctionnelle du paysage. [Source : Conception Céline Clauzel, réalisation Jordan Biets, Géoconfluences, 2022, sous licence Creative Commons, attribution des auteurs, partage sous les mêmes conditions, usage non commercial]
La fragmentation des habitats réduit également leur connectivité, isolant certaines populations et limitant les déplacements ou les échanges génétiques entre elles (Figure 1).

Ces tendances globales sont confirmées par de nombreux suivis de terrain. Dans 63 espaces protégés allemands, la biomasse des insectes volants capturés a diminué de plus de 75 % entre 1989 et 2016 [2]. En Amérique du Nord, les populations d’oiseaux auraient perdu près de trois milliards d’individus entre 1970 et 2017, soit environ 29 % de leurs effectifs [3]. En France métropolitaine, l’abondance des oiseaux communs spécialistes a diminué de 31 % entre 1989 et 2023 [4].

À l’échelle mondiale, l’indice planète vivanteL’ IPV ou indice planète vivante (The Living Planet Index ou LPI pour les anglophones) est un indicateur d’état de la diversité biologique mondiale, utilisé pour l’évaluation environnementale, en particulier par l’ONU. indique une diminution moyenne de 73 % de l’abondance relative des populations de vertébrés suivies entre 1970 et 2020 [5]. Ce résultat ne signifie pas que 73 % des animaux ont disparu : il synthétise des trajectoires très contrastées, certaines populations reculant fortement tandis que d’autres restent stables ou augmentent.

2. Le déclin précède souvent l’extinction

Figure 2. Un écosystème en transformation. Coraux branchus blanchis au premier plan et coraux non blanchis à l’arrière-plan, dans les îles Keppel, sur la Grande Barrière de corail australienne. Sous l’effet d’un stress thermique, les coraux expulsent les algues symbiotiques qui leur fournissent une partie de leur énergie. Des épisodes répétés peuvent entraîner leur mortalité et modifier profondément la composition et le fonctionnement du récif. [Source photo © Acropora, Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0].
Une espèce peut subsister tout en devenant rare et en disparaissant d’une grande partie de son aire de répartition. Cette défaunation modifie le fonctionnement des écosystèmes bien avant l’extinction complète. La raréfaction des pollinisateurs, des disperseurs de graines, des prédateurs ou des décomposeurs peut ainsi perturber la reproduction des plantes, les chaînes alimentaires et le recyclage de la matière. Un écosystème peut ainsi conserver une grande partie de ses espèces, mais perdre certaines interactions essentielles et voir diminuer sa capacité de régénération, de résistance ou de récupération après une perturbation.

L’IPBES estime qu’environ un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction [1], beaucoup pouvant l’être au cours des prochaines décennies si les pressions se poursuivent. Parmi les groupes suffisamment évalués, la Liste rouge de l’UICN estime menacés environ 41 % des amphibiens, 44 % des coraux constructeurs de récifs (Figure 2), 34 % des conifères et 26 % des mammifères [6]. L’état de nombreux invertébrés, champignons et microorganismes demeure toutefois très insuffisamment connu.

3. Des pertes parfois invisibles

Le nombre d’espèces présentes dans un lieu peut rester stable alors que leur identité change profondément. Des espèces spécialisées peuvent être remplacées par des espèces plus généralistes, parfois les mêmes d’une région à l’autre : on parle alors d’homogénéisation biotique. Certaines espèces généralistes ou introduites peuvent progresser dans les milieux transformés, sans compenser nécessairement le recul d’espèces spécialisées, de lignées évolutives originales ou de fonctions écologiques particulières.

Ce phénomène est observé dans de nombreux milieux, mais il n’est pas universel. Une vaste synthèse récente montre que les pressions humaines modifient profondément la composition des communautés et réduisent leur diversité locale, sans mettre en évidence une homogénéisation générale : les réponses varient selon les pressions, les organismes et les échelles étudiées [7].

La diversité génétique s’érode également lorsque les populations deviennent petites et isolées. Leur capacité à s’adapter aux maladies, aux changements climatiques ou à de nouvelles conditions environnementales peut alors diminuer.

Figure 3. Les principales causes du déclin de la biodiversité. Les changements d’usage des terres et des mers, l’exploitation directe des organismes, le changement climatique, les pollutions et les espèces exotiques envahissantes — végétales, animales, notamment les insectes, ou microbiennes — interagissent et peuvent renforcer mutuellement leurs effets. Ces pressions entraînent la dégradation des habitats, la diminution des populations, la disparition d’espèces, l’érosion de la diversité génétique et la perturbation des interactions écologiques. [Source : schéma de l’auteur réalisé avec l’aide de ChatGPT.]
Les principales causes de ces déclins sont connues : changement d’usage des terres et des mers, exploitation directe des organismes, changement climatique, pollutions et espèces exotiques envahissantes (Figure 3). Elles interagissent souvent et renforcent mutuellement leurs effets.

Cette trajectoire n’est cependant pas irréversible. Une synthèse de 186 études, regroupant 665 comparaisons, montre que les actions de conservation ont amélioré l’état de la biodiversité ou ralenti son déclin dans environ deux tiers des cas étudiés [8]. Leur efficacité dépend toutefois de leur ampleur, de leur durée et de la réduction simultanée des pressions qui provoquent les déclins.

4. Articles de l’Encyclopédie classés selon les cinq facteurs directs du déclin de la biodiversité

Remarque préliminaire : cette liste a été établie le 1er septembre 2026.

4.1 Changements d’usage des terres et des mers

Articles centraux

Éclairage apporté par d’autres rubriques

4.2 Exploitation directe des organismes

Articles centraux

Éclairage économique, historique et sanitaire

4.3 Changement climatique

Articles centraux

Autres rubriques

Les articles généraux de la rubrique Climat expliquent le mécanisme du changement climatique, mais peu d’entre eux étudient directement ses effets sur la biodiversité. Ils constituent donc plutôt l’arrière-plan causal que le cœur de cette sélection.

4.4 Pollutions

Pollution des eaux et des milieux marins

Pollution agricole et des sols

Pollution atmosphérique

Éclairage juridique et économique

4.5 Espèces exotiques envahissantes

Articles centraux

Articles complémentaires provenant de plusieurs rubriques

4.6 Articles véritablement transversaux

Ces articles ne devraient pas être rangés dans une seule case :


Références & notes

[1] IPBES (2019). Global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (pp. 1-1082). Brondízio, E. S., Settele, J., Díaz, S., and Ngo, H. T. (eds). IPBES secretariat, Bonn, Germany. Source

[2] Hallmann CA, Sorg M, Jongejans E, Siepel H, Hofland N, Schwan H, et al. (2017). More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PLoS ONE 12(10): e0185809. Source

[3] Rosenberg et al. (2019). Decline of the North American avifauna. Science, 366(6461), 120-124. Source

[4] État des populations d’oiseaux communs en France, 2024, Statistiques SDES, Source

[5] Living Planet Index, rapport technique 2024, Source

[6] IUCN. 2026. The IUCN Red List of Threatened Species. Version 2026-1. Source Accessed on 28 août 2026.

[7] Keck, F., Peller, T., Alther, R. et al. (2025). The global human impact on biodiversity. Nature 641, 395–400. Source

[8] Langhammer et al. (2024) The positive impact of conservation action. Science, 384, 453-458. Source